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Finis Terrae

de Jean Epstein



France, 1919, 1h20, muet
avec les habitants de l'île de Bannec et d'Ouessant

Audiodescription et sous-titrages SME (Sourd et Mal-Entendant) dans certains cinémas.


Finis Terrae
Finis Terrae

Sur un îlot désertique de Bretagne, quatre pêcheurs de goémon travaillent l'été dans un complet isolement. Amboise se blesse gravement. Malade il est mis en quarantaine, mais devant la gravité de son état, Jean-Marie décide de le ramener à Ouessant. Le pays breton fournit à Jean Epstein la matière première, la quintessence de cette sorte de "magie visuelle" qui l’obsède. Pas d’esthétisme fabriqué ici, mais une poésie brute, ancrée dans le réel.
 

Pour Jean Epstein (…), l’art cinématographique se doit d’évacuer autant que possible toutes les scories de la dramaturgie, tous les artifices de la narrativité, au profit de la seule recherche expressive de l’image, celle-ci étant considérée comme une unité autonome, "un calligramme où le sens est attaché à la forme". Il croit au rythme pur, au montage signifiant, à l’impact des visages et du paysage. Le pays breton lui fournit la matière première, la quintessence de cette sorte de "magie visuelle" qui l’obsède. Point d’esthétisme fabriqué ici, mais une poésie brute, ancrée dans le réel. "En quittant Ouessant, dit-il, j’ai eu l’impression d’emporter non un film, mais un fait." Document sans concession (mais non documentaire), Finis Terrae peut-être regardé comme un ancêtre du néo-réalisme, par son refus – audacieux pour l’époque – de tout épanchement mélodramatique, son tournage en décors réels, son interprétation confiée à des non-professionnels. On songe parfois à Flaherty devant ce constat austère, qu’imprègne un lyrisme retenu et souvent poignant. Pierre Leprohon, l’un des exégètes du cinéaste, parle de "beauté nue, directe" et d’"évidence plastique" saisissante. Epstein poursuivra cet effort, en solitaire, dans Mor-Vran (1931), L’Or des mers (1932) et une série de courts-métrages, à la fois âpres et raffinés, sans jamais connaître toutefois un vrai succès, commercial ou critique. L’ensemble de son œuvre, pleine d’aspérités et de beautés éparses, a fait ces dernières années, l’objet d’une patiente réévaluation.

Claude Beylie, rédacteur en chef de L’Avant-scène cinéma



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