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Les Graines que l'on sème

de Nathan Nicholovitch



France, 2020, 1h17
avec Ghaïs Bertout-Ourabah, Clémentine Billy, Marie Clément

Ce film est soutenu par l'ACID

Les Graines que l'on sème
Les Graines que l'on sème
Accusée d’avoir tagué « MACRON DÉMISSION » sur le mur de son lycée, Chiara n’est pas sortie vivante de sa garde à vue. Bouleversés, ses camarades de classe décident alors de prendre la parole...
 
« Qu'importe toutefois ? Jeunes gens, ayons bon courage ! Si rude qu'on nous veuille faire le présent, l'avenir sera beau ».

Une professeure de français cite la préface d'Hernani de Victor Hugo quand, se tenant face à ses élèves du lycée d'Ivry-sur-Seine, elle fait la promesse de poursuivre sa mission, de continuer coûte que coûte son programme malgré la réforme Blanquer, parcours Sup, malgré le décès d'une lycéenne victime de la répression policière.

Mais alors comment, semble s'interroger le film, rendre audible une parole ardente, inquiète et révoltée à laquelle trop souvent seule la force aveugle répond ?

Le cinéaste Nathan Nicholovitch s'y emploie en laissant se déployer des mots dans toute leur spontanéité, en de longs plans qui adoptent la temporalité attentive du portrait, avec une foi irréductible en la dimension épique de ce qui se joue là : l'éveil d'une conscience politique pour un groupe d'élèves de première. Autour de la figure absente de l'amie, l'amoureuse, l'héroïne vaillante et libre, irradie cette flamme, cette émotion éclairant d'une même lumière toutes les solitudes et leur fraternité.

Le geste cinématographique touche à l'endroit même où la question politique rejoint le sensible, le sentiment. Ici, l'injustice d'une mort dans la fleur de l'âge. Morte d'avoir osé sortir de l'enclos. Ce sont alors à des voix habitées, à des visages tremblants auxquels nous faisons face. Mais si ces visages sont criants de vérité, si l'émotion les traverse à chaque plan, tous sont ceux d'actrices et d'acteurs. Acteurs non pas au sens du métier mais selon cette faculté humaine d'être traversé par l'autre, mû par sa pensée. Car c'est là l'essentiel : ces jeunes visages écoutent, entendent. La parole des autres devient aussi la leur, elle parle pour eux. C'est cette identification vitale que tisse le film d'une manière profonde.

Ces élèves de l'option cinéma de leur lycée jouent une fiction, ils la jouent souvent avec leurs propres mots, ils en inspirent sans doute aussi le déploiement, mais ils parviennent à cette singularité et cette justesse parce qu'ils reconnaissent dans ce récit l'expression d'une révolte ancienne qui parcourt le corps de chaque génération, qui souffle l'espoir et donne le vertige. Ils accueillent cette histoire avec le cœur de ceux qui voient et qui entendent le monde tel qu'il devrait être, comme d'autres avant eux n'ont cessé de le réinventer avec toute l'acuité et l'audace de leur jeunesse.

Stéphane Batut et Idir Serghine, cinéastes



Séances

Le Cinématographe, Nantes
Jeudi 17 septembre 2020, 20:45 • en présence du réalisateur / ACID Cannes 2020