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Mort à Venise

de Luchino Visconti



Italie-France, 1971, 2h11, VOSTF
avec Dirk Bogarde, Bjorn Andresen, Silvana Mangano

Mort à Venise
Mort à Venise
Après l’échec public d’un concert et un malaise grave, un musicien fait un voyage qui le mène à Venise où il s’installe dans un palace du Lido. Dans un des salons, il est fasciné par la beauté d’un jeune noble polonais… Adaptant une nouvelle de Thomas Mann, Visconti en tire la thématique du déclin et de l’anéantissement vers la sphère de la création artistique et de l’érotisme. Quelques flash backs donnent la dimension du passé perdu et tout le présent est consacré à la contemplation de la beauté, des êtres, des lieux, sur fond de menace sourde. Le film est porté par des musiques - une symphonie de Mahler, une berceuse chantée a capella - dont la beauté fragile souligne l’atmosphère fascinante de cet univers somptueux et décadent.
 
Le voir. Attirer sur moi son regard. Capter son attention, un instant, pour l’éternité. Passé un certain âge, le désir peut être une tragédie. C’est cette tragédie que met en scène Mort à Venise. Un vieux compositeur part exorciser son manque d’inspiration à Venise, et le destin du créateur bascule quand son regard se pose sur un adolescent sublime, incarnation brutale de cette grâce qui lui échappe. Ce n’est pas la seule perfection plastique du cadre et de l’adolescent Tadzio qui fait de Mort à Venise un film sublime. Le sublime dans Mort à Venise naît du contraste saisissant entre une esthétique ronflante en panoramique et Cinémascope sur fond de Cinquième Symphonie de Mahler, et le recours obsessionnel à un procédé cinématographique méprisable : le zoom. Procédé méprisable parce qu’il transforme n’importe quelle caméra en viseur de fusil et place le spectateur dans la position embarrassante de voyeur. Le génie de Visconti consiste précisément à mettre en scène la violence d’un désir fou, incontrôlable, à travers cet artifice cinématographique. Zoom avant, la tragédie est enclenchée : le compositeur ne voit plus que l’adolescent sublime. Aveuglé par son désir, Aschenbach se révèle être une vieille folle honteuse, claudicante. Et il se farde outrageusement, jusqu’à crever de ridicule à attendre le moindre regard d’une petite pute alléchante. Si le zoom avant rapproche et isole le sujet, le zoom arrière fait disparaître ce même sujet dans le décor. Par ce jeu subtil de zooms avant-arrière, Visconti dit tout de cette tragédie de l’objet révélé qui se dérobe au regard.

Luc Arbona, Les Inrockuptibles

 



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