Point limite zéro

de Richard C. Sarafian



 

USA, 1971, 1h37, VOSTF
avec Barry Newman, Cleavon Little, Dean Jagger

Point limite zéro


Un homme fonce à toute allure sur une route déserte de l’Ouest américain, sorte de cow-boy des temps modernes. Son objectif : gagner San Francisco depuis Denver en un temps record – autrement dit, réaliser l’impossible. C’est ce pari insensé – et magnifique par sa gratuité même – que raconte cette oeuvre singulière et puissante, devenu un manifeste enflammé de la contre-culture.

"Il n'y a pas de début et de fin à la route de Point Limite Zero, mais juste un hors route. Un endroit, un état certes invisible, mais qui existe. Ce n'est pas parce que vous ne voyez pas quelque chose que cette chose n'existe pas : voilà le sens du Vanishing point. De la même façon, Kowalski et super soul sont comme des frères d'âme, ils communiquent d'une façon proche de celle qui permettait de communiquer avant l'invention des mots."
Richard Sarafian in Road Movie, USA de Bernard Benoliel et Jean-Baptiste Thoret

"Kowalski, l’antihéros mythique de Point limite zéro, est un cow-boy solitaire égaré dans l’Amérique en déliquescence des années 70, un personnage hustonien propulsé dans le Zabriskie Point d’Antonioni. Perdant magnifique, aventurier d’abord soldat, puis flic, puis rien du tout, Kowalski prend le pari stupide de rallier en voiture Denver à San Francisco en moins de quinze heures. Sa folle course-poursuite (contre la loi, l’époque et lui-même) est un voyage spatial, à travers des paysages désertiques, mais aussi mental. Bourré d’amphétamines, il voit sa vie défiler derrière lui (bonne utilisation du flash-back), tandis qu’au gré des rencontres et des désillusions se dessine une société invivable, fasciste, dans laquelle le mouvement hippie est le nouveau refuge du conformisme." Olivier Père, Les Inrockuptibles "Cette course contre la montre à travers l'Amérique profonde, poussiéreuse et engourdie, est d'abord un acte gratuit : conduire pied au plancher, avaler des kilomètres, hors la raison et la loi. Mais là où le Macadam à deux voies de Monte Hellman, autre grand film de bagnole de la contre-culture réalisé la même année, refusait de faire sens, Sarafian fonce dans l'allégorie contestataire. D'Etat en Etat, la police se passe le relais pour stopper le fou du volant. Au micro de sa radio libre, un DJ noir spirituel entretient avec lui un étrange dialogue télépathique. Il ne sera pas le seul représentant d'une minorité à aider le chauffard solitaire. Le délit de ­fuite devient acte politique. Kowalski ­roule pour ceux qui, d'habitude, restent sur le bord de la route. Sa quête de liberté est la leur, son sacrifice aussi."
Guillemette Olivier-Odicino, Télérama